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« Notre frère doit bénéficier d’un projet de vie » 

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Anne rend visite à son frère Vincent

 

Depuis près d’un an et demi, nous avons souhaité rester le plus discrets possible mais aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire.

Nous sommes profondément meurtris par l’état de Vincent, par les défauts et refus de soins dont il est la victime depuis bientôt deux ans, et par la volonté délibérée et les manœuvres pour l’euthanasier à toute force, y compris par certains membres de sa propre famille.

C’est pourquoi nous souhaitons lancer cet appel du cœur et de la raison et rectifier les contrevérités qui courent.

Non, Vincent n’est pas un légume. L’état dit végétatif qu’on lui a collé est un terme péjoratif qui est contesté par certains spécialistes car il ne correspond pas à la réalité. Ils lui préfèrent le terme cliniquement exact « d’état d’éveil sans réponse ». Vincent dort, se réveille, suit parfois son entourage des yeux, réagit à certaines sollicitations, n’est branché à aucune machine, ne reçoit aucun traitement qui le maintiendrait en vie. Vincent n’a besoin que d’être nourri et hydraté.

Au bout de cinq ans, le Dr Eric Kariger a décidé de lui supprimer sa nourriture en prétendant qu’il s’agissait d’un traitement médical… Quelque sophisme dont il puisse user, cesser de nourrir et d’hydrater n’a d’autre but que de provoquer délibérément la mort de Vincent qui, faut-il le rappeler, n’est pas en fin de vie.

Nous étions une famille unie, autour de Vincent. Un homme l’a fait éclater en avril 2013 : le Dr Eric Kariger, lorsqu’il a convaincu Rachel de mettre fin à la vie de Vincent par arrêt de son alimentation. Devant nos oppositions et nos supplications, il pouvait tout arrêter mais il s’est au contraire acharné malgré des oppositions formelles ce qui constitue une première dans l’histoire médicale de notre pays. Aujourd’hui comme hier, sans la moindre décence ni la moindre pudeur, il parade dans les médias pour parler de lui après avoir brisé une famille. Il a été largement aidé par ceux qui, sous couvert d’humanité, se sont emparés de Vincent de manière sordide, soit pour faire leur promotion personnelle, soit pour en faire un enjeu politique et législatif. Tous ceux-là oublient que Vincent, notre frère, est un être humain.

Comme vous, nous sommes infiniment navrés de voir notre frère dans son état. Comme vous, nous saluons Rachel qui s’est occupé de son mari pendant 4 longues années avant de décider de partir vivre en Belgique. Comme vous certainement, nous sommes admiratifs de voir à quel point nos parents, qui depuis plus d’un an ont pris le relais de Rachel, s’occupent de lui au quotidien à Reims et lui dévouent leur vie.

Aucun d’entre nous n’a envie de se retrouver dans une telle situation, c’est évident, de même que la situation de Vincent est un fardeau que nous ne souhaitons à personne.

Mais ce n’est pas parce que le fait d’entourer Vincent est pénible pour son entourage que Vincent, qui ne demande rien à personne, doit être mis à mort.

Ce n’est pas parce que Vincent a une conscience altérée qu’il n’est plus un homme. A ce compte, il faudrait se débarrasser des handicapés mentaux et des déments au lieu d’en prendre soin.

Vincent est peut-être le « maillon faible » de notre société, mais contrairement au jeu télévisé, une société vraiment humaine est celle qui accompagne ses « maillons faibles », qui les porte, qui les soigne. Une société qui met à mort ceux qui ne peuvent pas se défendre renie tous ses principes et est appelée à sombrer dans la barbarie.

Personne ne peut dire ce que voudrait Vincent aujourd’hui. Il n’a laissé aucun écrit, aucun témoignage enregistré, aucun élément digne de foi, susceptible de confirmer qu’il souhaiterait qu’on le fasse mourir. Rachel a parlé de ses prétendus souhaits verbaux pour la première fois en cinq ans quand il s’est agi de valider la décision de mort du Dr Eric Kariger. Qui accepterait d’être ainsi à la merci d’un témoignage aussi tardif et contestable ?

Nous sommes au contraire témoins de la volonté de vivre de notre frère : nous avons vu qu’après 31 jours passés sans manger, sa force de vie l’a emporté : il n’a pas lâché psychologiquement, alors qu’il serait mort en 10 jours en avril 2013 s’il s’était laissé aller.

Qui a le pouvoir, sous prétexte qu’il est bien-portant, de décider de la mort d’une personne parce qu’elle serait gravement handicapée ? Ni vous, ni nous.

Qui peut dire que Vincent veut mourir ? Personne.

Alors pourquoi lui infliger toutes ces maltraitances, pourquoi lui refuser depuis 2 ans la kinésithérapie de confort qui constitue une exigence de soin de base, pourquoi ne lui faire aucune stimulation sensorielle, pourquoi ne lui donner comme seul horizon que le plafond de sa chambre sans le mettre chaque matin dans un fauteuil moulé sur mesure comme l’exigent les bonnes pratiques ? Pourquoi refuser qu’il puisse sortir et le laisser enfermé sous clé, dans sa chambre, comme un prisonnier dans le couloir de la mort ?

1700 personnes comme Vincent sont traitées dans quelques 300 unités spécialisées ou à domicile, comme des êtres humains et ont droit à ces soins quotidiens.

1700 personnes y ont droit sauf une ! Vincent Lambert. Notre frère. Qui est traité comme un mort-vivant.

C’est pourquoi nous réclamons désormais publiquement, comme nous le faisons depuis presque deux ans, qu’il cesse d’être considéré comme un mort en sursis et qu’il bénéficie enfin d’un projet de vie, et des soins appropriés à son état conformément à la circulaire n° 2002-288 du 3 mai 2002, bafouée depuis deux ans par le CHU de REIMS.

Par Anne Lambert, soeur de Vincent Lambert
David Philippon, demi-frère de Vincent Lambert

1 Comment

  1. Je trouve cela inadmissible!! Que de choses inhumaines dans nos établissements sensés soigner et défendre les plus faibles!

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