Né à La Réole en Gironde, je vis aujourd’hui à Toronto au Canada. Je suis pilote d’hélicoptère et ne pratique aucune religion. J’ai été, et me considère toujours à ce jour, le meilleur ami de Vincent depuis 1989. Lui et moi avons tout partagé, nos joies, nos peines et tout ce qui peut se rapporter à une amitié sincère et profonde. Je veux ici temoigner de ma dernière visite à Vincent, sur son lit d’hôpital, en juillet 2013.

N’ayant pas vu Vincent depuis son dramatique accident, je ne savais pas à quoi m’attendre. Dans quel  état physique et mental, allais-je exactement le trouver ? Accompagné de Viviane, sa maman, je suis rentré dans sa chambre avec une certaine appréhension. Vincent avait les yeux fermés, il dormait sans doute à ce moment. Quand il a entendu ma voix, il s’est mis tout doucement à ouvrir les yeux. Immédiatement, le contact s’est établi.

Après quelques instants, Viviane, par pudeur et respect, nous laissa seuls afin que nous puissions nous retrouver entre hommes.

Je lui parlais alors de lui, de nous, de moi, de nos amis, de mes aventures à l’étranger. Je peux vous assurer que malgré son état immobile et son silence, Vincent était bien présent. Il me regardait dans les yeux. Une de mes mains lui caressant le front, l’autre lui tenant la main, je continuais de lui parler pendant à peu près 30 à 40 minutes.

Au moment de se dire au revoir, j’ai eu la certitude ou disons la confirmation que cet homme, malgré son état, était bien vivant, était bien à mon écoute quand je lui parlais.

Je lui lâchais alors la main en l’embrassant sur le front et au moment où je m’éloignais du lit en le regardant, j’ai réellement vu son buste se redresser tant bien que mal le long du matelas. J’ai vu qu’il essayait de se lever comme pour partir avec moi.

Rempli par l’émotion et la stupeur, je n’ai plus su quoi faire pendant quelques instants. Puis je compris très vite que je me devais de rester pour lui parler encore. Puis au bout de dix minutes, je suis sorti pour rejoindre Viviane dans une salle commune.

Nous avons, elle et moi, parlé de l’état de Vincent pendant quelque temps. Ensuite, il était temps pour moi de repartir. Nous sommes alors revenus dans la chambre de Vincent pour lui dire un dernier au revoir. Je suis resté en arrière par pudeur et pour laisser Viviane embrasser son fils. Là, j’ai vu que Vincent pleurait de gros sanglots. Je compris que l’émotion l’avait envahi tout comme moi. On ne pouvait pas l’abandonner dans cette situation. Viviane décida de rester auprès de lui.

Je partais alors  rassuré. J’avais la conviction, chevillée au corps, que mon ami Vincent se battait pour sa vie.

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