J’ai connu Vincent en 1988 dans le cadre scolaire. Nous sommes devenus de bons camarades. Ce que j’aimais chez Vincent, c’est qu’il était toujours prêt à faire les 400 coups. Aujourd’hui, je suis très choqué par tout ce que l’on peut dire et lire sur lui, son état, sa famille, ses proches : ce garçon doit partir et ceux qui sont d’un autre avis ne sont pas dignes de s’exprimer sur le sujet.

Ayant appris son accident avec effroi, j’ai eu l’occasion de passer le voir au CHU de Reims en novembre 2009 en compagnie d’un autre camarade de classe. Nous avons pu accéder facilement à sa chambre sans aucun contrôle, nous étions seuls avec lui. Vincent a réagi à notre arrivée en tournant la tête vers nous. Nous avons passé un bon moment ensemble, il n’était pas indifférent. Nous avons constaté que Vincent était juste alimenté par une sonde et n’était pas en «acharnement thérapeutique». Il n’était pas percé de tuyaux de toutes parts comme le relatent certains journaux.

En avril 2013, je reçois un mail m’annonçant que les jours de Vincent sont comptés. J’ai tout de suite pensé à une euthanasie car je n’avais pas entendu parler de dégradation de son état. J’étais atterré. J’ai eu assez vite la confirmation qu’une procédure d’euthanasie était en cours.

Je suis retourné voir Vincent en compagnie de sa Maman durant l’été 2014. J’ai pu accéder à sa chambre après un système draconien de contrôle et avoir laissé ma carte d’identité à l’entrée de l’hôpital. Vincent était très agité des jambes et a tourné la tête. Je lui ai pris la main et je lui ai longuement parlé. Au cours de cette rencontre, j’ai bien senti qu’il n’était pas indifférent à ma visite.

Pourquoi cet acharnement à vouloir le faire mourir ? Il y a beaucoup d’autres personnes en France et dans le monde qui se trouvent dans cet état pauci-relationnel. Alors, on arrête les traitements pour tous, on arrête la médecine dans ce domaine ? Pourquoi Vincent est-il prisonnier du CHU de Reims ? Il est impossible de l’en faire sortir pour le mettre dans un établissement spécialisé adapté à son état. C’est la question que tout le monde se pose. Pourquoi le seul « remède » préconisé par le corps médical du CHU de Reims est la privation d’alimentation et d’hydratation ?  Dans le même établissement, il y a pourtant un autre patient dans cet état de conscience altérée depuis bien plus longtemps que Vincent et pour qui la question ne se pose pas.

La priorité à mon sens, c’est de placer Vincent dans un établissement spécialisé, de le confier à une structure qui va l’aider et le stimuler.

Je souhaite le meilleur pour Vincent et sa famille.

Retour aux témoignages