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Vincent Lambert et la PPL fin de vie : le député Jean Leonetti suffisant et sourd

Le comité de soutien à Vincent Lambert a suivi l’examen en commission de la PPL fin de vie (à revoir ici). Il remercie les députés Xavier Breton et Véronique Besse qui acceptent de confronter la législation actuelle à la situation de Vincent Lambert. En revanche le comité regrette l’attitude de déni et de fermeture du député Jean Leonetti qui s’oppose aux évolutions de sa loi (2005) de nature à empêcher d’autres drames, alors même que ce sont des défaillances de cette loi qui ont rendu possible le scandale que l’on connaît.

Le député se pose en représentant d’une vérité médicale unique qui ne ferait l’objet d’aucun débat. Il méprise les voix divergentes en les qualifiant de « postures ». Et pourtant des voix autorisées qu’on peut difficilement qualifier de « postures », interpellent sans relâche.

Ainsi la dernière tribune du professeur d’éthique médicale Emmanuel Hirsch (Huffington Post 28 septembre 2015) : « Vincent Lambert la logique du pire » souligne l’urgence pour les responsables politiques de se saisir de la question : « Les atermoiements ne sont plus possibles » (…) « Sait-on que désormais dans les structures spécialisées qui accompagnent dans leur projet d’existence des personnes handicapées comme l’est M. Vincent Lambert, des familles confient avec émotion aux équipes : « Ne le laissez pas tomber ; prenez soin de lui : ce n’est pas Vincent Lambert ! »

Prévenir les situations où le médecin n’est ni compétent ni vertueux

Le naufrage de l’affaire Vincent Lambert est une 1ère dans l’histoire médicale de notre pays. Il a eu lieu parce qu’à un moment, un médecin s’est obstiné, malgré l’opposition d’une partie de la famille. Et c’est la loi de 2005 qui a rendu possible cette situation : c’est pourquoi aujourd’hui il faut changer la loi. Le législateur ne peut donner un pouvoir aussi important à un médecin, en le présumant compétent et vertueux. Dans notre corps législatif, c’est le seul exemple d’un homme seul sur qui repose un pouvoir aussi important qui peut mettre en jeu la vie d’un homme. Pour toutes les décisions importantes et graves, dans n’importe quel domaine de la vie sociale, les décisions graves et importantes sont prises par plusieurs personnes statuant à voix égales.

Qu’est-ce que le Conseil d’Etat a validé en juin 2014 ?

Jean Leonetti repousse toute révision de sa loi demandée en réaction à l’affaire Vincent Lambert, en revendiquant une validation par la décision du conseil d’Etat du 24 juin 2014.

Examinons d’abord l’expertise médicale qui a fondé cette décision. Les experts médicaux mandatés début 2014 par le Conseil d’Etat n’ont pas donné une approbation pour l’élimination de Vincent Lambert. Ils ont même tenu à faire part de leur opposition.

Des éléments récents complètent cette expertise. L’état de conscience des personnes comme Vincent fluctue, il peut varier selon les périodes ; ainsi, au cours de cet été,  plusieurs spécialistes des personnes cérébrolésées  ont pu observer Vincent par vidéo et ont certifié qu’aujourd’hui son état est celui d’une personne pauci-relationnelle (en état de conscience minimale) ; ce même diagnostic avait déjà été posé lors d’une expertise effectuée en 2011 par le meilleur spécialiste européen de l’évaluation du niveau de conscience. Mais surtout, sur le plan éthique, l’enjeu de la mise à mort ou non de Vincent est le même, quel que soit son état de conscience (en état d’éveil non répondant ou en état de conscience minimale).

Le 24 juin 2014, le Conseil d’Etat a indiqué que la décision du Dr Kariger d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert n’était pas contraire à la législation française actuelle.

Or une loi qui autorise un médecin à poser un acte de nature euthanasique (c’est-à-dire un acte consistant à provoquer intentionnellement la mort d’une personne par une action ou une omission, afin de supprimer une souffrance présente, suspectée, ou à venir ou pour supprimer une vie jugée indigne) n’est pas conforme à l’éthique médicale. Un acte qui contribue à donner la mort ne peut être un acte médical dont la nature est de soigner, soulager, guérir.

C’est pourquoi il faut changer les dispositions de la loi de 2005 qui ont rendu possible le drame Vincent Lambert.

Et la décision de la CEDH ?

Par sa décision du 5 juin dernier, la Cour européenne des droits de l’homme a indiqué que la législation française autorisant l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation d’une personne cérébrolésée n’est pas contraire à la convention européenne des droits de l’homme. Cette déclaration donne à s’interroger sur la réalité des droits individuels protégés en Europe, mais elle ne constitue pas une décision ordonnant de mettre à mort Vincent.

Vincent Lambert n’est pas « maintenu en vie », il vit.

A l’origine de ce naufrage : une erreur  médicale par un médecin qui a considéré à tort Vincent Lambert, patient  atteint de lésions cérébrales sévères. Une erreur médicale par un médecin qui, devant des manifestations d’inconfort aux soins réalisés, a considéré à tort que ce grand handicapé exprimait une volonté de mourir.

S’en est suivie une chaine de décisions inhumaines : suppression des actes de kinésithérapie, refus des soins, et surtout menace d’arrêt de son alimentation et de son hydratation qui conduirait à sa mort.

Vincent n’est pas en fin de vie, il est vivant. Il n’est pas « maintenu en vie », il vit. Les personnes à conscience altérée comme Vincent ne peuvent en aucun cas être considérées comme ayant seulement une  vie biologique (ce qualificatif correspondant uniquement à la mort encéphalique avec maintien en survie des organes en vue de transplantation.). Elles doivent être reconnues par la société comme des personnes en situation de handicap sévère requérant la plus grande des sollicitudes du fait de leur grande vulnérabilité et étant dans l’incapacité d’exprimer leur choix.

Rester mobilisé

Vincent Lambert est l’otage d’un débat politico-médiatique sur la fin de vie, l’euthanasie, et sur la place des plus vulnérables dans la société. Depuis des mois, le scandale Vincent Lambert choque et invite à l’action. C’est la raison d’être du comité de soutien à Vincent Lambert.

Etape à suivre : à l’Assemblée nationale le débat de la PPL fin de vie les 5 et 6 octobre en séance.